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Le manège

Ils jouent à faire semblant, chevauchant tantôt des tigres, tantôt des éléphants, des chevaux s’élançant vers le ciel tournent sous le soleil…

 … des camions, des avions, des carrosses emprisonnés, fixés au plancher, interdisant aux chevaux de s’échapper, de hennir, de fuir, bridés dans leur course folle où la musique résonne beaucoup trop fort où les rires et les larmes tour à tour s’échangent sous le regard des parents médusés… des statues de cire armées d’appareils photographiques, des mains qui s’agitent, qui font voir leur présence, qui rassurent les plus petits et les moins téméraires…

C’est le même cercle que celui dans lequel nous vivons, modélisé à l’échelle des enfants, chacun y joue un rôle (pompier, policier, princesse…),  prisonnier de ses convictions, de ses envies, de son éducation, de son travail…Car tout cela est parait-il très important ?

Allez encore un tour de manège et peut-être un jour pourrons-nous nous enfuir en chevauchant ces magnifiques chevaux blancs… Encore un tour et nous serons pris au piège pour toujours, encore un tour puis un tour…Et c’est la fin…

N’y a-t-il personne pour agiter la main, pour nous rassurer, nous montrer la sortie, le chemin… Nous dire simplement et gentiment qu’il ne s’agit que d’un manège et qu’il ne tient qu’à nous de rejoindre le monde des vivants ? Personne ne nous oblige à rester dans ce tourbillon, à faire semblant, à ne pas voir le monde autour…à tourner sur la piste …Ne peut-on pas au moins valser ? Tourner élégamment, certains donnent l’illusion en tout cas, danseurs, artistes, politiciens ? Mais combien de temps ?

Mais si nos yeux restent clos qui nous guidera vers notre propre destin, qui nous fera comprendre ce qui est important, les cris, les rires des enfants, les « maintenant », les « jamais », les « il faut vivre au présent »…

Et je me dis : « Puisse le mal au cœur vous prendre et vous faire comprendre que cette course folle autour de l’axe lumineux, plantés dans vos véhicules impérieux n’est au fond, rien d’autre, que de la poudre aux yeux » et pour cela nul besoin de vous rendre malade, nul besoin de larmes ni de cataplasme, nul besoin de pardon, nul besoin de grande remise en question …

Ne pourrions-nous faire un détour, rejoindre le vrai monde ? Mais savons-nous bien où il se trouve ce pays si fameux ? Ce paradis perdu …Est-il possible de replonger dans nos cœurs d’enfants, pour savourer les plaisirs simples, la sphère des sensations, le cœur battant à tout rompre, les joies de regarder un ciel rose le matin en partant, de cueillir des fleurs, de rire et de dire enfin quand le mal nous prend.

Arrêtons le manège, arrêtons de faire semblant… Il est encore temps !